
Je le vois revenir tres souvent dans mes echanges avec des consultants SAP. Une semaine EWM, la suivante FI, puis la data, puis l’IA. Beaucoup d’energie, peu de resultats. C’est le syndrome de l’objet brillant, et il coute plus cher qu’on ne le croit.
L’essentiel
- Le syndrome de l’objet brillant, c’est sauter sans cesse d’une nouvelle piste a une autre sans jamais consolider.
- Sur SAP, le terrain est immense (modules, niches, techno), donc le risque de dispersion est encore plus fort.
- Le vrai cout n’est pas le temps perdu, c’est la dispersion : positionnement flou, credibilite qui stagne, confiance qui s’erode.
- Ce qui fait avancer, c’est un cap tenu assez longtemps pour devenir rentable, pas la meilleure option theorique.
C’est quoi, le syndrome de l’objet brillant ?
Le syndrome de l’objet brillant, c’est cette tendance a courir apres chaque nouvelle opportunite comme si elle etait enfin la bonne. Le terme vient de l’anglais « shiny object syndrome ». Chaque nouveaute cree un pic d’excitation, puis une chute. Tu recommences ailleurs, en laissant tout a moitie termine.
Le scenario est toujours le meme. Un jour : « je vais me specialiser SAP EWM ». La semaine suivante : « finalement FI, c’est plus porteur ». Puis : « on m’a parle de data, d’IA, de Power BI, faut que je regarde ». Resultat, rien n’avance vraiment. Et attention, ce n’est ni un manque d’intelligence, ni un manque de motivation. C’est un mecanisme, et les meilleurs profils y sont les plus exposes.
Pourquoi SAP amplifie le phenomene
Sur SAP, c’est encore pire qu’ailleurs. Le terrain est enorme : des dizaines de modules, des niches pointues, des technologies qui evoluent vite, des types de projets tres differents et plusieurs metiers possibles. Chaque direction semble legitime. Chaque sujet a l’air porteur. Sans cadre, tu peux passer des annees a apprendre sans jamais consolider une expertise reconnaissable.
Le probleme n’est pas d’explorer. C’est de ne jamais s’arreter assez longtemps sur un sujet pour en tirer une vraie competence, une reference de mission, une reputation. L’exploration permanente donne l’illusion d’avancer, alors qu’elle t’empeche de capitaliser.
Reflexe consultant
Avant de te lancer sur un nouveau sujet, pose-toi une question simple : est-ce que ca renforce mon axe actuel, ou est-ce que ca m’en detourne ? Si ca detourne, note l’idee dans un coin et reviens a ton cap. Explorer plus tard n’est pas renoncer.
Le vrai cout, c’est la dispersion
On croit que le cout du syndrome, c’est le temps. Ce n’est pas ca. Le vrai cout, c’est la dispersion. Pendant que tu hesites, plusieurs choses se degradent en meme temps :
- Ton positionnement reste flou : personne ne sait vraiment pour quoi t’appeler.
- Ta credibilite stagne : tu sais un peu de tout, expert de rien.
- Ta confiance s’erode : tu accumules des debuts sans preuve de resultat.
- Et tu doutes encore plus, ce qui te pousse a chercher le prochain objet brillant.
Un consultant qui avance lentement mais focus ira toujours plus loin qu’un consultant brillant mais disperse.
A eviter en mission
Changer de specialite affichee a chaque appel client parce qu’un sujet a l’air plus a la mode. Tu envoies un signal d’instabilite. Le client cherche quelqu’un qui maitrise son perimetre, pas quelqu’un qui teste le sien en direct.
Ce qui fait vraiment avancer : le focus
Le truc, ce n’est pas de trouver la meilleure option. C’est de tenir une direction assez longtemps pour qu’elle devienne rentable. Concretement, un consultant qui avance vraiment s’appuie sur trois choses :
- Une specialisation claire, que tu peux enoncer en une phrase.
- Un cap tenu sur plusieurs mois, pas sur plusieurs jours.
- Des choix assumes, donc des renoncements assumes eux aussi.
C’est inconfortable au debut. Renoncer a un sujet excitant demande de l’effort. Mais c’est exactement la que les resultats commencent. Le focus n’est pas une contrainte, c’est ce qui rend ton travail visible et vendable.
Vu en mission
Le profil qui progresse le plus vite n’est pas celui qui connait le plus de modules. C’est souvent celui qui a choisi un perimetre, l’a creuse mission apres mission, et est devenu la personne qu’on rappelle des qu’un sujet touche ce perimetre.
Ton plan d’action pour sortir de l’objet brillant
- Ecris noir sur blanc ta direction actuelle en une phrase : quel module, quel type de client, quel probleme tu resous.
- Fixe une duree minimale de cap, par exemple six mois, avant de te reautoriser a changer d’axe.
- Cree une liste « plus tard » pour parquer chaque idee brillante sans l’executer tout de suite.
- A chaque nouvelle sollicitation, demande-toi si elle renforce ton axe ou t’en detourne.
- Mesure ta progression par des preuves concretes : une mission, un livrable, un temoignage, pas par le nombre de sujets survoles.
Envie de tenir un cap au lieu de courir apres chaque sujet ?
Chaque mois, on travaille en groupe une vraie problematique de posture et de positionnement de consultant SAP. C’est le meilleur endroit pour arreter de te disperser et avancer avec un cadre.