Sur LinkedIn, tout le monde prêche la même bonne parole : Clean Core, Fit-to-Standard, zéro spécifique. C’est vrai dans le fond. Mais sur le terrain, c’est plus compliqué que ça. Et pour le consultant freelance, c’est une opportunité, pas une menace.
L’essentiel
- Le discours « tout standard » est juste sur le fond, mais simpliste sur le terrain.
- Le spécifique ne disparaît pas, il se déplace : vers BTP, vers le redesign de process, vers la conduite du changement.
- La migration S/4 est la meilleure fenêtre pour remettre tout ça à plat.
- La valeur du consultant ne se joue plus dans la techno seule, mais dans sa capacité à arbitrer entre les deux mondes.
1. Le discours dominant : « le standard couvre tout »
Tu as forcément vu passer ces posts. Le message est toujours le même.
Arrêtez le code Z. Le spécifique, c’est de la dette technique. Le standard S/4HANA couvre 95% des besoins. Clean Core partout. Et pour le reste, BTP.
Sur le fond, ce discours est juste. Le mouvement vers le standard est un mouvement de fond réel, poussé par SAP, et un bon consultant doit le maîtriser. Trop d’entreprises traînent encore des développements spécifiques mal documentés qui bloquent les montées de version et coûtent cher à maintenir.
Le problème, ce n’est pas le message. C’est qu’on le présente comme une vérité binaire. Ancien monde mauvais, nouveau monde parfait. Et c’est là que ça décroche de la réalité terrain.
2. Sur le terrain, c’est rarement aussi simple
Le spécifique n’est pas toujours de la fainéantise technique. Souvent, c’est un vrai besoin métier que le standard ne couvrait pas à l’époque. Un besoin qui ne se dissout pas magiquement en passant en S/4.
Le Clean Core ne supprime pas ce besoin. Il le déplace. Vers BTP (la plateforme d’extension de SAP), vers du redesign de process, vers de la conduite du changement. Le travail existe toujours, il change juste de forme.
Et BTP, tous les clients ne vont pas l’acquérir. Coût de licence, montée en compétence des équipes, gouvernance à mettre en place : pour beaucoup de structures, ce n’est pas une évidence budgétaire. Tu te retrouves alors à arbitrer avec des contraintes bien réelles, pas avec le schéma idéal du slide LinkedIn.
Quant aux fameux 95% de couverture standard, c’est une moyenne. Et une moyenne ne dit rien d’un client précis. Les 5% restants sont souvent les process les plus critiques et les plus spécifiques à son secteur. Ceux où l’entreprise se différencie. Ceux où elle gagne vraiment de l’argent.
Le Clean Core ne supprime pas le besoin spécifique. Il le déplace. Et c’est précisément dans ce déplacement que se joue la valeur du consultant.
Vu en mission
Sur des projets de migration, le réflexe « on repart du standard partout » se heurte vite au métier. Le client a parfois construit un process spécifique parce que c’est exactement ce qui fait sa différence face à ses concurrents. Lui imposer le standard sur ce point précis, c’est lui faire perdre ce qui le rend unique. Le bon arbitrage n’est jamais « tout standard » ni « tout spécifique ». Il est au cas par cas.
3. La migration : une fenêtre, pas une purge
Là où le discours dominant a raison à 100%, c’est sur le timing. La montée de version vers S/4HANA est la meilleure fenêtre pour tout remettre à plat.
C’est le moment où tu peux légitimement rouvrir chaque développement spécifique et poser la seule question qui compte : est-ce qu’il crée encore de la valeur aujourd’hui ?
La bonne démarche n’est ni dogmatique ni paresseuse. Elle se résume en trois temps :
- Repartir du standard chaque fois que c’est possible.
- Basculer sur BTP quand l’écart au standard se justifie et que le client a les moyens de la plateforme.
- N’assumer du spécifique que là où il crée une vraie valeur métier, et le documenter proprement.
Ce n’est pas un grand ménage de printemps qui jette tout. C’est un arbitrage, ligne par ligne, entre ce qui doit disparaître et ce qui doit survivre.
À éviter en mission
Arriver en mission de migration avec une posture idéologique. Que ce soit « on garde tout, on connaît la maison » ou « on rase tout, le standard d’abord », les deux extrêmes te coûtent la confiance du client. Ton rôle n’est pas d’appliquer une doctrine, mais de trancher chaque cas avec lui, preuves à l’appui.
4. Pourquoi c’est une opportunité pour le freelance expert
Ce mouvement de fond, beaucoup le vivent comme une menace. « Si tout passe en standard, on aura moins besoin de moi. » C’est l’inverse.
Plus le standard avance, plus la techno pure se commoditise. Configurer une fonction standard, demain, n’importe quel outil ou consultant junior saura le faire. Ce qui ne se commoditise pas, c’est le jugement.
Et le jugement, sur une migration, repose sur quatre compétences que la plupart des profils n’ont pas réunies :
| Compétence | Ce qu’elle apporte au client |
|---|---|
| Maîtrise des deux mondes | Comprendre l’existant spécifique ET le cible standard, pour ne casser ce qui marche que quand c’est justifié. |
| Analyse d’impact technique | Mesurer ce que coûte vraiment chaque choix : reprise, interfaces, performance, maintenabilité. |
| Analyse d’impact organisationnel | Anticiper ce que le changement fait aux équipes, aux habitudes, aux process métier. |
| Conduite du changement | Faire adopter la cible, pas juste la livrer. Un standard rejeté par les utilisateurs est un échec. |
C’est exactement là que le consultant freelance expert a toute sa place. Parce que c’est précisément ce qu’une ESN qui place du junior, ou un outil d’IA, ne sait pas faire. Arbitrer dans le contexte réel d’un client, avec ses contraintes budgétaires, ses contraintes métier et ses contraintes humaines.
Réflexe consultant
Quand tu te positionnes sur une mission de migration, ne vends pas ta maîtrise technique seule. Vends ta capacité à arbitrer. C’est ce qui justifie un TJM élevé, parce que c’est ce qui fait économiser ou gagner le plus d’argent au client.
5. Comment te positionner concrètement
Si tu veux capter cette valeur plutôt que la subir, voici par où commencer.
- Arrête de te présenter uniquement comme expert d’un module. Présente-toi comme quelqu’un qui sait arbitrer standard, extension et spécifique sur ton domaine.
- Monte en compétence sur les deux mondes en parallèle : reste solide sur l’existant, mais maîtrise réellement le cible (S/4, Clean Core, logique BTP), pas juste le vocabulaire.
- Apprends à formaliser une analyse d’impact, technique et organisationnelle. C’est un livrable concret qui te distingue immédiatement.
- Développe ta posture de conduite du changement. Savoir embarquer des utilisateurs vaut autant que savoir paramétrer.
- Mets tout ça en avant dans ton positionnement et ton TJM. Ce que tu vends, ce n’est pas de l’exécution, c’est du jugement.
Le marché ne devient pas plus dur. Il devient plus exigeant. Celui qui sait juste exécuter perd de la valeur. Celui qui sait arbitrer en prend.
Tu sens que ta valeur ne se joue plus au même endroit ?
Si tu veux faire le point sur ton positionnement face à ce mouvement de fond, et identifier ce qui te permettrait vraiment de monter en gamme, on peut en discuter directement.

Très juste. J’ajouterais qu’un Clean Core réussi n’est pas celui qui élimine le plus de spécifiques, mais celui qui conserve uniquement ceux qui créent un véritable avantage métier. Vouloir standardiser à tout prix peut parfois faire perdre ce qui différencie réellement une entreprise. Le rôle du consultant est donc d’apporter ce discernement, plus que d’appliquer une doctrine.
Une question me vient : avec l’arrivée de Joule et l’accélération de l’IA dans l’écosystème SAP, penses-tu que cette capacité d’arbitrage restera le principal facteur différenciant du consultant, ou vois-tu émerger d’autres compétences clés ?
Oui, clairement le jugement va rester primordial. Difficile de transférer ça à l’IA, en tout cas pour l’instant.
Pour moi ce jugement va s’exercer sur 4 domaines clés :
La capacité à définir des stratégies et les processiser
Le contrôle et la sécurisation des process
La gestion de la cohérence de la donnée
L’accompagnement au changement
L’IA va accélérer l’exécution sur chacun de ces domaines, mais c’est bien le consultant qui garde la main sur les arbitrages. C’est là que se joue la vraie valeur.
Et toi, quel sont tes enjeux à l’heure actuelle?