Ce que tu ne pourras plus apprendre après la vague S/4HANA

L’enjeu n’est pas de trouver une mission SAP demain. C’est de fabriquer aujourd’hui l’expérience qu’on ne pourra plus fabriquer après.

L’essentiel

  • Plus de la moitié du parc SAP doit encore migrer vers S/4HANA avant fin 2027, et les profils opérationnels manquent.
  • Cette pénurie crée une fenêtre rare : le marché te paie pour monter en compétence sur des projets réels.
  • Cette fenêtre a une date de péremption. Quand les profils seront nombreux et les migrations passées, la même compétence vaudra beaucoup moins.

1. Le chiffre que peu de consultants regardent vraiment

Fin 2024, seulement 39 % des clients SAP avaient migré vers S/4HANA. En clair : environ 14 000 entreprises sur 35 000. Les autres, près de deux tiers du parc, sont encore sur ECC.

Or la maintenance standard d’ECC s’arrête fin 2027. Une rallonge payante existe jusqu’en 2030, mais le signal est clair : la grande majorité de ces entreprises doit migrer sur une fenêtre courte. Au rythme actuel, on estime que 17 000 clients seraient encore sur ECC en 2027.

Traduit en langage mission : une vague de projets de migration qui n’est pas une prévision optimiste, mais un calendrier contraint. Quand un éditeur coupe le support d’un système qui fait tourner la paie, la logistique et la compta de milliers d’entreprises, ces entreprises bougent. Elles n’ont pas le choix. Et pour bouger, elles ont besoin de profils.

Vu en mission – une histoire vraie

Yassine a passé dix ans comme consultant LE/WM. Compétent, reconnu, bien payé, posé chez deux clients successifs. Confortable, donc immobile. L’an dernier, il a fini par bouger : montée en compétence sur EWM, formation, certification. Dans la foulée, il est pris sur un projet de migration S/4HANA géré par un des grands cabinets d’intégration mondiaux. Avec une expérience EWM encore minime. Demande-toi pourquoi un acteur de cette taille recrute un profil fraîchement certifié plutôt qu’un expert EWM chevronné. Réponse : parce que les experts chevronnés ne sont pas assez nombreux, et que les projets, eux, sont là maintenant. Cette porte, Yassine l’a prise au bon moment. Dans quelques années, avec plus de profils formés et moins de migrations en cours, elle ne s’ouvrira plus aussi facilement.

2. Le vrai paradoxe : beaucoup de freelances, peu de profils qualifiés

Tu vas me dire : si le marché manque de profils, pourquoi voit-on autant de freelances SAP galérer à trouver une mission ? La question est légitime, et la réponse est la clé de tout cet article.

Le nombre de freelances SAP a explosé. C’est vrai. Mais la pénurie dont parle le marché n’est pas quantitative, elle est qualitative. Il n’y a pas un manque de gens qui mettent « SAP » sur leur profil. Il y a un manque de profils déjà opérationnels sur S/4HANA et capables de tenir un poste sur un projet de migration réel.

C’est un marché à deux vitesses. D’un côté, une masse de consultants positionnés sur des compétences ECC classiques, en concurrence frontale, sur des missions qui se raréfient. De l’autre, une poignée de profils spécialisés sur les sujets de la migration, que les projets s’arrachent. Les deux groupes vivent le même marché et en tirent des conclusions opposées.

Le « il y a trop de freelances » et le « on ne trouve personne de bon » sont vrais en même temps. Ils ne parlent simplement pas des mêmes personnes.

3. Ce que tu apprends maintenant et que tu n’apprendras plus après

Voilà le cœur du sujet, et c’est ce qui compte le plus.

Aujourd’hui, parce que les projets de migration sont nombreux et les profils rares, on te confie des choses au-dessus de ton niveau réel. Tu apprends sur des projets vivants, payé, avec une équipe autour pour te rattraper. C’est l’environnement d’apprentissage le plus rapide qui existe, et il n’est pas créé par ta volonté : il est créé par le pic de migrations. Le marché a tellement besoin de bras qu’il accepte de te former en marchant.

Demain, les projets de migration se raréfient parce que la majorité du parc sera passée. Et les profils formés, eux, seront nombreux. Conséquence directe : pour une même mission, le client aura le choix. Il prendra celui qui a déjà le track record. Le profil en montée de compétence ne sera plus mis sur de la migration, on le mettra sur du run, du support, du moins formateur.

C’est la nuance que peu de gens voient : ce n’est pas l’accès aux missions qui se ferme en premier, c’est l’accès à l’expérience qualifiante. Tu trouveras toujours du travail SAP en 2031. Mais tu ne pourras plus facilement fabriquer le track record de migration qui fait la différence, parce que les projets formateurs seront passés et que la concurrence pour les rares restants sera rude.

On monte vite en expérience quand la demande dépasse les profils. On stagne quand les profils dépassent la demande. On est exactement dans la première phase, et elle a une date de péremption.

4. Les trois choses qui se ferment, par ordre

La fenêtre ne se referme pas d’un coup. Trois portes se ferment progressivement, et pas dans le désordre.

Ce qui se fermeAujourd’huiDans quelques années
L’expérience qualifianteOn te confie de la migration même avec peu d’expérience, faute de candidatsRéservée à ceux qui ont déjà le track record ; les autres font du run
La prime de rareté sur le TJMUn profil S/4 opérationnel se paie cher car il est rareS/4 devient le minimum attendu, plus une prime mais une norme
La facilité de se démarquerSavoir faire du S/4 suffit à sortir du lotTout le monde sait, il faut une couche de spécialisation en plus

L’ordre compte. La première porte, l’expérience qualifiante, est celle qui se ferme le plus tôt et qui ne se rattrape pas. Tu peux toujours te former plus tard. Tu ne peux pas fabriquer rétroactivement le fait d’avoir mené trois projets de migration entre 2026 et 2029.

À éviter en mission

Confondre « il y aura toujours du travail SAP » (vrai) avec « je peux donc attendre sans rien perdre » (faux). La première phrase parle de la quantité de missions. La seconde ignore leur qualité, leur prix et ce qu’elles t’apprennent. Attendre ne te coûte pas ta survie. Ça te coûte ta position.

5. Le coût réel de l’attentisme

L’attentisme se déguise toujours en prudence. « Je me spécialiserai quand j’aurai trouvé une mission qui le demande. » « J’attends d’avoir le temps de me former sérieusement. » « Je verrai quand le marché sera plus clair. » Ça ressemble à de la sagesse. C’est surtout du coût d’opportunité qui s’accumule en silence.

Le vrai prix de l’attente, ce n’est pas le risque de ne plus trouver de travail. C’est plus subtil et plus vrai : chaque trimestre où tu restes spectateur, c’est une prime de rareté que tu n’encaisses pas, et une place sur la vague qu’un autre prend à ta place. Pendant que tu attends le bon moment, quelqu’un au même niveau que toi il y a deux ans est en train de devenir un profil de référence, simplement parce qu’il a commencé.

Le piège n’est pas de finir au chômage. Le piège, c’est de rester moyen pendant que d’autres deviennent incontournables, faute d’avoir saisi la seule période où la montée en compétence était accélérée par le marché lui-même.

6. Plan d’action : te positionner sur la vague

Se positionner ne veut pas dire tout plaquer demain. Ça veut dire enclencher une trajectoire, dans le bon ordre, sans brûler les étapes.

  1. Choisis un module porteur sur S/4HANA. Pas le plus à la mode, celui qui s’aligne avec ton parcours et qui est tiré par les migrations (EWM, FI/CO sur le nouveau modèle, les sujets liés à la transition).
  2. Monte en théorie d’abord. Bases solides et ressources structurées avant de toucher au système. Comprendre la logique avant les écrans.
  3. Pratique sur des cas réels. Un module SAP ne s’apprend pas en lisant. Mets les mains dedans, régulièrement, sur des cas qui ressemblent à ce que tu rencontreras en mission.
  4. Documente un track record. Chaque cas traité, chaque fonctionnalité maîtrisée se note et se présente. C’est ce qui te rend crédible face à un client qui a le choix.
  5. Rends-toi visible maintenant. N’attends pas d’être « prêt ». Le marché qui forme en marchant est ouvert aujourd’hui. Active ton réseau, montre ta montée en compétence, candidate sur les projets de migration pendant qu’ils acceptent encore les profils en construction.

Tu reconnais ta situation dans cet article ?

Si tu sais que tu devrais te positionner mais que tu ne sais pas par où commencer, ou que tu repousses depuis des mois, on peut en parler directement et regarder ta situation concrètement.

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