Tu vas passer 12 ans de ta vie au travail. Le sais-tu vraiment ?

100 000 heures de ta vie passées au travail. Soit 12 années cumulées. Les mourants et les philosophes disent la même chose depuis 2000 ans, et ça te concerne aujourd’hui.

Le chiffre que tu n’as probablement jamais calculé

Fais le calcul une fois dans ta vie. Une seule fois suffit.

Selon l’INSEE, un cadre français à temps plein travaille en moyenne 1 826 heures par an, soit 43 heures par semaine. Sur une carrière de 42 ans, ça fait environ 77 000 heures. Si tu ajoutes les trajets, les heures supplémentaires non comptabilisées, les soirées où tu finis un dossier « vite fait », les week-ends où tu prépares la semaine, tu dépasses largement les 100 000 heures.

Cent mille heures. Soit l’équivalent de 12 années complètes, 24 heures sur 24, passées à travailler.

Maintenant prends le miroir.

Tu as une espérance de vie d’environ 83 ans en France. Si tu retires 27 ans de sommeil, il te reste 56 ans de vie éveillée. Le travail va donc te coûter 12 de ces 56 années. Plus de 20% de tout ton temps conscient. Et c’est sans compter le travail qui te suit dans ta tête quand tu n’es plus au bureau.

Tu as combien d’années devant toi ? Et combien tu vas en donner au travail ?

Ce que les mourants disent quand on leur demande

Bronnie Ware est une infirmière australienne qui a passé des années en soins palliatifs. Elle a accompagné des centaines de personnes dans leurs dernières semaines de vie. Et elle a fait quelque chose que peu de gens font : elle leur a posé une question simple.

« Si vous deviez recommencer, qu’est-ce que vous changeriez ? »

Au fil des années, elle a vu les mêmes regrets revenir, encore et encore. Elle en a tiré un livre devenu une référence mondiale : Les 5 regrets des mourants. Voici les 5, dans l’ordre de fréquence :

  1. J’aurais aimé avoir le courage de vivre une vie qui me ressemble, pas celle que les autres attendaient de moi
  2. J’aurais aimé ne pas avoir autant travaillé
  3. J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments
  4. J’aurais aimé rester en contact avec mes amis
  5. J’aurais aimé m’autoriser à être plus heureux

Le deuxième regret est là, noir sur blanc. Et ce qui frappe, c’est le détail que Bronnie Ware ajoute.

Ce regret venait majoritairement des hommes. Et il ne venait pas seulement de ceux qui détestaient leur travail. Il venait aussi de ceux qui l’aimaient passionnément. Parce qu’ils en avaient fait leur identité entière. Et le jour où ils ne pouvaient plus travailler, ils n’avaient plus rien à dire d’eux-mêmes.

Quand ils ne travaillaient plus, ils n’avaient plus rien à dire d’eux-mêmes. Et c’était douloureux.

Ce regret n’est pas celui des paresseux qui en ont fait trop peu. C’est celui des gens performants, brillants, accomplis professionnellement. Ceux qui ressemblent peut-être à toi.

Ce que Sénèque disait déjà il y a 2000 ans

Le plus troublant dans ce constat, c’est qu’il n’a rien de moderne.

En l’an 49 après Jésus-Christ, un philosophe romain écrit un texte court intitulé De la brièveté de la vie. Son nom est Sénèque. Il s’adresse à un homme nommé Paulinus, fonctionnaire haut placé, accaparé par ses fonctions. Et sa thèse, dès les premières lignes, est brutale :

Nous n’avons pas reçu une vie brève, nous l’avons faite telle. Ce n’est pas la vie qui est courte, c’est nous qui la gâchons.

Pour Sénèque, la vie est suffisamment longue pour accomplir ce qui compte vraiment. Le problème n’est pas la durée. Le problème, c’est qu’on dilapide cette durée sans s’en rendre compte. Il identifie trois mécanismes universels.

On vit comme si on était immortel. On traite son temps comme s’il était inépuisable. On accepte des journées de 12 heures parce qu’on se dit « ce n’est qu’une période ». Sauf que les périodes durent. Et qu’elles s’enchaînent.

On se laisse absorber par des occupations qu’on n’a pas vraiment choisies. Le client qui appelle un dimanche soir. Le projet en plus que le manager te confie. La réunion à 19h. Tu acceptes par réflexe, par obligation perçue, par habitude. Tu ne choisis pas, tu subis.

On reporte toujours la vraie vie à plus tard. « Quand j’aurai fini ce projet. » « Quand j’aurai pris ma retraite. » « Quand les enfants seront grands. » « Quand j’aurai atteint mon objectif de TJM. » Plus tard. Toujours plus tard. Et un jour, il n’y a plus de plus tard.

Sénèque résume tout cela par une phrase que tu devrais relire dix fois :

Rien n’est moins le fait d’un homme occupé que de vivre.

Lis cette phrase à nouveau. L’homme occupé ne vit pas. Il s’agite. Ce n’est pas la même chose.

Et ce qui devrait te glacer, c’est que 2000 ans plus tard, des gens en fin de vie disent exactement la même chose à une infirmière australienne. Ce n’est pas un problème d’époque, ni un effet du capitalisme moderne, ni une mode du développement personnel. C’est un problème humain qui traverse les siècles.

Les questions que tu refuses peut-être de te poser

Maintenant arrête de lire deux minutes. Pose ton téléphone ou ton ordinateur. Et réponds honnêtement aux quatre questions suivantes.

Question 1. Est-ce que tu travailles au rythme que tu as choisi, ou à celui que ton client, ton ESN ou ton manager te dicte ?

Question 2. Combien de fois par mois tu reportes une sortie scolaire, un dîner familial, un rendez-vous avec quelqu’un qui compte, à cause d’un « dossier urgent » ?

Question 3. Si tu apprenais demain qu’il te reste 6 mois à vivre, est-ce que tu serais en paix avec la répartition que tu as faite jusqu’ici entre travail, famille, santé, projets persos ?

Question 4. Est-ce que tu construis ta vie en ce moment, ou est-ce que ton travail la construit à ta place pendant que tu attends « plus tard » ?

Si une seule de ces questions te met mal à l’aise, c’est qu’elle mérite que tu t’y arrêtes. Vraiment. Pas dans deux semaines. Maintenant.

Vu en mission

Un consultant SAP brillant, 48 ans, expert reconnu, TJM élevé, missions enchaînées sans interruption depuis 15 ans. Il me raconte un jour, presque distraitement, qu’il a appris la veille la séparation de ses parents. Il ne les avait pas vus depuis Noël. Il avait toujours « pas le temps » de descendre les voir. « Le projet, tu comprends. » Trois mois plus tard, son père est décédé. Il n’a pas pu lui dire ce qu’il voulait lui dire. Il avait coché toutes les cases professionnelles. Il en avait raté une, la seule qui comptait vraiment.

Le freelance n’est pas une solution, c’est un outil

Je ne vais pas te raconter que passer freelance va régler le problème. Ce serait malhonnête, et ce serait faux.

Le freelance est un outil. Pas une fin. C’est un dispositif qui te donne, en théorie, des leviers qu’aucun CDI ne te donne :

  • Décider combien de jours tu travailles par an
  • Choisir tes clients, tes missions, tes secteurs
  • Imposer ton rythme, ton mix remote / présentiel, tes limites
  • Construire ton TJM pour ta vie, pas pour le marché

Mais ces leviers ne s’activent pas tout seuls. Beaucoup de freelances que je rencontre passent indépendants en pensant gagner du temps. Six mois plus tard, ils travaillent plus qu’en CDI. Ils ont juste changé de patron. Ils sont devenus leur propre patron, et le pire que je n’ai jamais vu.

Le freelance ne te sauve pas du regret n°2 de Bronnie Ware. Il te donne juste la possibilité, si tu le décides, de ne pas y tomber. Cette différence est énorme. Mais elle ne se concrétise qu’avec une posture, une méthode et un cadre clairs.

Réflexe consultant

Une carrière professionnelle réussie n’est pas une carrière où tu as maximisé tes revenus, tes missions ou ton TJM. C’est une carrière où, à 80 ans, tu peux regarder en arrière sans dire « j’aurais dû ». Le critère n’est pas dans ton portefeuille. Il est dans ton miroir.

Tu n’as pas besoin d’attendre ton lit d’hôpital

L’avantage immense que tu as sur les centaines de patients de Bronnie Ware, c’est que toi, tu lis cet article aujourd’hui. Pas dans 30 ans. Pas dans une chambre stérile en regardant ton plafond. Aujourd’hui.

Tu as encore le temps de décider. De choisir ton rythme. De redéfinir ta place dans tes missions. De ne plus reporter à plus tard ce qui compte. De faire de ton travail un moyen, pas une finalité.

Sénèque écrivait : « Vivre, c’est l’affaire de toute la vie. » Pas l’affaire d’une retraite hypothétique. Pas l’affaire de « plus tard ». L’affaire de toute la vie. Donc l’affaire d’aujourd’hui.

Tu vas passer 100 000 heures au travail. Tu ne peux pas changer ce chiffre. Mais tu peux décider de ce que tu fais avec les heures qui restent. Et tu peux décider, surtout, que tes 100 000 heures de travail ne grignoteront pas les 200 000 heures qui font ta vie en dehors.

Le seul moment où tu peux le décider, c’est maintenant.

Cet article te parle ?

Si tu sens que tu es dans le piège, et que tu veux remettre ton travail à sa juste place dans ta vie sans tout casser, on peut en parler directement. J’accompagne des consultants SAP qui veulent construire une carrière freelance alignée avec leur vie, pas l’inverse.

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